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Agnès Letestu

Tous les mois, l’Académie de Danse Vanessa Feuillatte met à l’honneur une personnalité de la Danse. Ce mois-ci, juste avant le stage qu’elle animera, la rédaction vous offre une interview/portrait de Agnès Letestu, Danseuse Étoile de l’Opéra de Paris (qu’on ne présente plus), et que vous aurez la chance de pouvoir rencontrer dans notre académie les 21 et 22 octobre 2017.

 

Bonne lecture!

 

DAVID CHARBIT

crédit photo Julien Benhamou© www.julienbenhamou.com

 

 

Tout d’abord, toute l’équipe de l’Académie vous remercie de nous faire l’honneur de votre présence. 

Agnès, comment la danse est-elle entrée dans votre vie? 

C’est après avoir vu le « Lac des des cygnes » à la télévision avec R. Noureev et M. Fonteyn que j’ai demandé « à faire la même chose ». J’avais 8 ans et l’impression qu’un monde magique s’ouvrait à moi:

Le rôle, le partenaire, et les costumes, comme une révélation!

 

 Quand et après quelle représentation êtes vous devenue Étoile? Qu’avez-vous ressenti à ce moment-là ? 

C’est justement à la suite d’une représentation du « Lac des cygnes » en 1997, dans la version de R. Noureev , que j’ai été nommée Étoile . On peut dire que ce rôle a été un déclencheur de pas mal de choses dans ma carrière et comme un porte bonheur. C’est le Ballet que j’ai le plus dansé dans le monde entier: avec l’Opéra de Paris et dans d’autres compagnies aussi comme le Mariinsky de St Petersburg , Universal Ballet de Corée , le Tokyo Ballet, le Teatro Communale de Florence, le Zagreb Ballet …

Ma nomination d’Étoile, a bien sûr été une grande joie et une impression de choc assourdissant sur le moment, mais c’était surtout pour moi la reconnaissance de ma « maison », l’Opéra de Paris. J’avais  en effet la chance d’interpréter déjà tous les rôles principaux et de mener une carrière internationale alors que je n’étais « que » Première Danseuse, ce qui fait que les directeurs de théâtres et de festivals qui m’invitaient pour moi-même plus que pour mon titre, m’ont demandé:  » j’ai lu dans la presse que tu venais d’être nommée Étoile? Mais tu n’étais pas déjà Étoile? » C’est l’un des plus beaux compliments que l’on m’ait fait!

 

Nous savons bien qu’il n’y a pas de formule magique , mais comment devient-on Étoile (rire)? 

C’est énormément de travail, beaucoup de réflexions sur le sens de ce que l’on interprète. Le « pourquoi » et le « comment » sont des questionnements permanents.

Il faut une grande volonté et une partie de chance aussi : rencontrer le bon chorégraphe ou le bon directeur qui vous font confiance et correspondre au goût du moment ! Il faut aussi savoir gérer les blessures et se tourner vers les bons médecins régulièrement…

Ce qui fait la différence entre une bonne danseuse et une Étoile est subjectif, mais fait toute la différence : une disponibilité d’esprit, une étincelle, une aura, un magnétisme, un petit quelque chose qui fait qu’on ne regarde qu’elle quand elle rentre en scène.

 

Si vous deviez décrire votre carrière en un mot? 

Très riche. 

Même si je suis un « pur produit Opéra de Paris », j‘ai interprété beaucoup de rôles, rencontré beaucoup de chorégraphes et dansé dans le monde entier, avec différents partenaires, dans différentes compagnies.  

 

Est-ce que les histoires qu’on raconte sur les danseuses sont vraies (anecdotes?)?  Est-ce que c’est un univers de rivalité ? 

Oui, mais je parlerais plus volontiers de compétition et d’émulation que de rivalité. Sachant qu’au bout du compte, c’est la qualité du travail qui paie, les abus et injustices se corrigent  assez vite avec le temps. La plupart des compagnies ont un fonctionnement hiérarchique, avec des étoiles, des solistes et un corps de ballet. Sachant que chacun veut avoir le meilleur rôle et monter dans cette hiérarchie, il y aura forcément des réclamations auprès de la direction et des jeux d’influences pour arriver au but, mais encore une fois, on ne triche pas longtemps en scène, et les erreurs de casting se rattrapent avec le temps…

 

Quel est votre rôle fétiche et pour quelles raisons  ?

Le lac des cygnes est mon rôle fétiche pour les raisons que j’ai expliquées plus haut , mais « La Dame aux Camélias » de John Neumeier est devenu mon rôle préféré. Mon goût pour la technique et l’incarnation d’une gestuelle animale a fait place à l’interprétation plus humaine de ce personnage qui est pourtant très éloigné de ma propre personnalité.

Il est rare d’avoir la possibilité de passer par une palette de personnages et de visages aussi large que pour le rôle de Marguerite, qui est coquette et demi mondaine très entourée au début, pour laisser la place à une femme sincèrement amoureuse, puis malade et mourante dans une humiliante solitude… Le jeux d’acteur a pris le pas sur la danse pure qui est devenu un outil d’expression au service d’une histoire.

 

A quoi consacrez-vous la majeure partie de votre temps depuis votre retraite d’Étoile de l’Opéra de Paris? 

Le contrat avec l’Opéra de Paris est terminé , mais je continue à danser à l’extérieur en Étoile invitée, pour des projets  qui me tiennent à cœur comme par exemple à Pekin les 10 et 11 Novembre prochain ou à Bombay et New Delhi les 10 et 13 janvier 2018. Incidence chorégraphique, qui est un groupe de danseurs de l’Opéra de Paris fondé par Bruno Bouché, qui dirige maintenant le Ballet du Rhin, m’a confié la direction artistique d’un programme »Ombre et Lumière », avec des créations de Bruno Bouché et Yvon Demol, dans lequel je danse et pour lesquelles j’ai créé la plupart des costumes. Ce programme est accompagné sur scène au piano  par la talentueuse Edna Stern. Il a été créé fin 2016 au ravissant théâtre de Compiègne et continue sa route avec des projets en France et en Asie.

Je fais travailler les Étoiles de l’Opéra pour certaines productions, ainsi que le corps de Ballet comme tout récemment pour la reprise de « Diamants » dans les « Joyaux » de George Balanchine.

Je remonte des ballets à l’étranger, comme  » Le chant de la terre » de John Neumeier que j’ai remonté en Avril dernier à Pekin pour le Ballet National de Chine .

Je suis également créatrice de costumes depuis de nombreuses années, pour le lyrique : « Rigoletto » pour les  « opéras en plein air », et pour différents chorégraphes comme José Martinez, Patrick de Bana, Heinz Spoerli, entre autres, dans différentes  compagnies comme l’Opéra de Paris, l’Opéra de Vienne en Autriche, Le Shanghai Ballet, les Ballet du Rhin… 

Je suis aussi co-directrice artistique de l’école supérieure de danse ACTS qui a pour mission de donner une formation très complète à des jeunes danseurs contemporains.

 

Quels conseils donneriez vous à nos élèves plein de rêves en tête? 

Le route est longue et parsemée d’embûches. Une grande humilité et une volonté sans concession sont nécessaires. Si le temps et la fatigue consacrés à l’apprentissage de ce métier sont considérés comme un sacrifice et non comme un choix, il vaut mieux changer de route. La récompense de ses efforts est une énorme satisfaction, hors du commun, mais il faut se dépenser sans compter pour obtenir un résultat. 

Agnès, nous vous remercions sincèrement pour votre disponibilité, votre simplicité et votre bienveillance, et nous avons vraiment hâte de vous recevoir pour cette grande première à Bordeaux.

David Charbit

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