Arabesque

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Académie de danse Vanessa Feuillatte

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L’Interview de Wayne Byars

Les 25 et 26 janvier 2020 nous avons eu l’immense honneur d’accueillir Wayne Byars pour 4 stages exceptionnels.Wayne Byars est américain, professeur de danse depuis 35 ans et fondateur du studio Harmonic à Paris. Tous les danseurs classiques et contemporains ont suivi son enseignement très particulier, à contre-courant des méthodes d’apprentissage habituelles. Plus que de la danse, Wayne Byars transmet une philosophie, une manière d’être au monde, de penser la peur, la douleur, la confiance, l’amour du métier, le plaisir d’être au monde et de le partager en public.

A l’occasion de ces 4 classes, le grand professeur a gentiment accepté de nous accorder une entrevue bienveillante abordant sa vision de la danse, son enseignement, son histoire personnelle ainsi que quelques précieux conseils.

L’INTERVIEW

Tout d’abord, je tiens à vous remercier de la part de tous les danseur.se.s et futur.e.s danseur.se.s  de mettre votre savoir, votre bienveillance de manière si dévouée à la Danse et de rendre ce milieu plus humain et plus agréable. Ensuite, merci de nous accorder cette entrevue.

• Pouvez-vous nous résumer votre parcours en quelques mots ?

Je suis né à Chicago en 1952 où j’ai commencé la danse en banlieue de Chicago, dans une petite école, et j’ai continué de 6 ans jusqu’à 12/13 ans et puis j’ai arrêté. J’ai recommencé plus tard à 18 ans, j’avais beaucoup de retard à rattraper mais j’ai fait de très bonnes écoles avec de très bons professeurs et en 1976, l’université de Butler, une université très connue pour la danse, a fait venir 6 danseurs français. Et j’ai eu un coup de foudre et j’ai suivi la personne jusqu’à Paris avec un billet aller-simple et 200 $ dans ma poche sans pouvoir parler un seul mot de français et me voilà 43 ans plus tard avec la même personne et toujours en France.

• D’où vient votre passion pour l’enseignement ?

Je dirais justement, à cause de cette rupture que j’ai eu de plusieurs années, ce que moi j’estime, comme du temps perdu et j’avais pas le luxe d’aller, années après années dans une très bonne école avec des professeurs, il fallait que j’analyse pour aller plus vite, et j’ai passé toute ma formation de danseur à essayer de comprendre la mécanique de la danse, et pas juste de me laisser passivement dans les mains de mes professeurs, c’était pas assez, j’avais trop à faire. Et donc du coup j’ai eu l’envie de partager ce que j’ai pu comprendre avec d’autres danseurs qui étaient dans mon cas ou même d’autres qui peuvent être des fois seuls, ils sont sortis de leurs écoles, ils sont en Compagnie, personne pour les aider. Je veux aider chacun à avancer, à poursuivre leurs rêves, leurs projets et contribuer comme je peux pour le bien-être, pour la danse et pour l’être humain en face de moi.

• Vos élèves ressortent avec la sensation d’avoir expérimenté quelque chose de nouveau, comment l’expliquez-vous ?

Je pense qu’il faut demander aux élèves parce que franchement je fais ce que je fais mais j’ai eu plusieurs retours, peut-être physiquement je pars avec un grand respect du corps et du corps de chacun, et j’ai cherché toutes ces années la meilleure manière d’utiliser le corps humain sans faire du mal parce que pendant 1h30, ces personnes me confient ce qu’il y a de plus précieux, le corps, c’est une énorme responsabilité, donc déjà je vais pas dans une chose qui va les tordre, les blesser, et peut-être psychologiquement je vois pas juste un corps devant moi, je vois un être-humain, c’est un ensemble, donc avec les respect de l’être, le respect du corps, de la bienveillance et la difficulté c’est toujours d’être exigeant et transmettre quelque chose qui est juste et qui marche.

• Vous prodiguez beaucoup de conseils aux danseu.r.se.s le(s)quel(s) vous semble(nt) primordial/aux ?

Une des vidéos que j’ai faite qui transmet un message important, je pense que celle que j’ai fait, avec mon professeur de Alexander Technique et chorégraphe, sur la peur. Parce que la peur est présente dans tous les studios de danse du monde entier, à tous les niveaux, et la peur nous aide pas. Il y a une bonne tension et il y a une mauvaise tension, ça veut pas dire que tout est relax et que tout le monde est gentil et ça rigole, c’est juste que la peur nous met dans l’immobilité et on a affaire avec le mouvement. Dès que l’être-humain a peur, toute l’énergie va dans les muscles, les tendons pour pouvoir fuir, ou bloquer, se protéger. On a plus de liberté de mouvement, comment faire de l’expression ou de la technique ? C’est impossible.

• Que conseillez-vous à des jeunes danseu.r.se.s en phase de construction ?

C’est une excellente question, et c’est la plus difficile de toutes. Parce que c’est vrai, effectivement, j’ai surtout affaire avec des danseurs déjà formés, des adultes, je ne forme pas des enfants. C’est un métier à part, et c’est une vocation et les gens qui font ça et qui font ça bien comme dans cette école, où ça se voit, ont ma sincère admiration. Je dirais pour les jeunes danseurs, afin de s’épanouir et devenir artiste, qu’ils ne se ferment pas uniquement dans la danse, ils doivent se nourrir par d’autres Arts, il faut faire à mon avis de la musique même si c’est juste apprendre à chanter, vraiment la musique c’est très important, de connaître les arts-plastiques, d’aller au musée, de voir des tableaux, des statues,… de cultiver des expériences de beautés transcendantes, de savoir que c’est ce que nous essayons de faire en danse, que c’est ce qui se fait en musique, au théâtre et en peinture. Je dirais de la persévérance, de la vigilance, l’écoute du corps, de bien s’entourer et de faire très attention à l’obsession. Ne pas à tout prix penser qu’à ça, et malheureusement, j’aimerais bien pouvoir dire avec assez de travail, n’importe qui peut y arriver, c’est pas vrai. Il faut savoir à un certain moment est-ce que c’est pour moi la danse ? Ou pourquoi je fais de la danse ? C’est parfaitement valable d’étudier la danse très sérieusement mais pour son propre plaisir parce qu’on adore danser, ça fait du bien, et de savoir si on est destiné à une carrière ou non. Et là il faut consulter des gens qui sont calés dans le métier, avoir des opinions informées si on veut vraiment consacrer sa vie et une grande partie de son temps à ça.

• Comment danser avec le « subtil équilibre entre discipline et lâcher-prise » dont vous parlez dans votre livre ?

C’est facile à dire, moins facile à faire, c’est ça. C’est tout à fait vrai (rires). Je dirais d’abord que suivant l’optique de chaque danseur, ça peut changer. Dans la technique classique, il y a deux extrêmes, il va y avoir la perfection de la forme et la liberté absolue du mouvement et il faut trouver où on va se situer, quel genre de danseur on est. Forcément quand on va dans une perfection absolue de la forme, on va sacrifier de la liberté de mouvement. Si on est dans une liberté de mouvement totale, on va sacrifier la forme. C’est peut-être à chaque professeur, chaque danseur … Si quelqu’un destiné pour des grandes compagnies classiques comme l’Opéra de Paris doit aller plus vers la forme mais quand même, on ne peut pas être immobile, statique. Ça c’est un travail de professeur, de danseur mais dès l’instant où on se sent bloqué, à ne pas pouvoir bouger, c’est qu’on est allé trop loin. Je dirais que peut-être, la respiration, c’est une clé. Quand on parle spécifiquement de la danse classique, une chose qui est très difficile à transmettre c’est que les articulations sont libres, c’est pas parce qu’on est dans une position codifiée que c’est figé. C’est parfaitement placé mais on est toujours disponible. Je pense que, ici on m’a dit qu’il y a eu des stages de Gaga, Gaga disent en anglais « be available », soyez disponible, même en classique on doit être disponible en mouvement, près dans la seconde qui suit à bouger.

• Pouvez-vous nous présenter les principes la Technique Alexander et ses bénéfices pour le/la danseu.r.se ?

Bien sûr, j’utilise encore la Technique Alexander, même si je suis pas professeur de la technique mais je l’ai longtemps étudiée et pratiquée et pour moi le grand déclic ça a été que la pensée est tout aussi importante que le mouvement. On peut pas juste dire « faire » , l’être humain c’est un ensemble psychophysique , il faut utiliser le tout. Je dirais même aujourd’hui, je pense que 90% du travail en danse classique et en danse est mental, c’est la pensée. Il faut travailler la façon de concevoir un mouvement, concevoir un pas, concevoir son propre corps et là c’est la grande essence de la technique Alexander, il y a des spécificités sur l’équilibre du crâne, c’est très important parce que ça touche tout le corps. J’utilise ça, en technique classique on a encore des gens qui poussent la tête en arrière et la tête est très lourde. Si on met derrière la colonne tous les muscles deviennent durs, il y a beaucoup de problèmes, il y a des blessures. Cette technique m’a aidé à transmettre une façon de travailler qui use moins le corps, il y a moins de blessures.

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